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Acquisition de LinkedIn par Microsoft ? Beaucoup de sens dans une ère nouvelle

On le voit, la stratégie des grands acteurs du secteur informatique a souvent été d’investir dans les domaines où ils ne sont pas, et cela peut passer par le rachat pur et simple d’une technologie ou d’une société. Sans avoir besoin de remonter au siècle précédent, on peut citer les exemples du rachat de Compaq par HP, de WhatsApp par Facebook, de Nokia par Microsoft, de Motorola par Google et le processus d’acquisition récent de EMC par Dell. Bref, l’appétit des géants pour investiguer de nouveaux territoires ou faire la différence dans cette ère passionnante de l’information s’illustre à nouveau aujourd’hui avec l’acquisition de LinkedIn par Microsoft. La vision de Philippe Paci, Directeur Marketing Adista.

Comment expliquer ce rachat ?
Big Data, Smart Data, Open Data, Fast Data… Nous rentrons à pleine vitesse dans une nouvelle époque, celle de l’information. Les mots à la mode ne sont plus Cloud ou Internet, mais Data, algorithme, machine learning, deep learning, internet des objets. Nous créons désormais tous les ans plus de données que dans toute l’histoire de l’humanité avant ce millénaire. L’expression ‘nouvel or noir’ pour ces données, elle a du sens notamment si cette matière première contribue à de nouveaux services ou à de nouveaux usages.

L’opération financière effectuée par Microsoft est frappante. Elle valorise les plus de 400 millions de membres du réseau LinkedIn à 26,2 milliards de dollars. C’est grosso modo le PIB d’un état membre de l’Union Européenne comme l’Estonie !

Microsoft a visiblement considéré que le gisement de ‘nouvel or noir’ possédé par LinkedIn valait cette somme.

Comment Microsoft pourra « retrouver son argent » ?
Le business model de LinkedIn est composé de trois sources de revenus : la publicité pour 18%, les abonnements pour 20% et les services de recrutement pour 62%. Ce n’est pas sur ce business model que Microsoft compte pour générer un retour sur investissement mais sur la qualité des informations qui sont contenues, ou plutôt mises à jour par les abonnés eux même. Et sur de nouveaux usages qui vont pouvoir se créer, intégrés au sein même des environnements Microsoft.

On reproche souvent à Microsoft d’avoir raté certains marchés, mais on leur reconnaît de savoir insister quand ils arrivent en retard. Sans réussite marquante dans les réseaux sociaux, Microsoft réussit LE coup, sur son cœur de cible, les professionnels.

LinkedIn va pouvoir enrichir l’expérience des abonnés à Microsoft Office 365, ou des entreprises utilisatrices de Microsoft Dynamics.

Alimenté par LinkedIn, Office 365 peut transformer les usages commerciaux, éditoriaux, et RH : flux d’informations suggérés à l’utilisateur, mises en relation proposées, rédactionnels pertinents soumis à la lecture …
Connecté à Office 365, LinkedIn va bénéficier de son côté de fonctions collaboratives, communicantes, on peut imaginer demain la visioconférence intégrée au réseau social.
Dynamics, le CRM de Microsoft, va bénéficier d’un atout majeur face à ses concurrents, cette capacité à s’appuyer sur le plus grand réservoir qualifié de professionnels dans le monde, avec une somme d’informations incroyables saisies par les abonnés eux-mêmes, leurs réseaux, leurs publications, leur parcours professionnel.
Et alors que le Social Selling s’impose comme la nouvelle approche du développement commercial, Microsoft absorbe tout simplement l’outil indispensable à cette approche.

Une limite à cette réussite ?
La limite que je peux voir à la réussite de cette fusion, c’est probablement un aspect ‘philosophique’, qui n’est pas propre à cette opération mais à l’exploitation systématique de toutes les données que nous générons. D’ailleurs Microsoft annonce laisser une ‘certaine’ indépendance à LinkedIn, certainement pour anticiper d’éventuelles inquiétudes.
Ce qui n’empêche pas une nouvelle popularité pour le hashtag #linkedout. Et des craintes pour la confidentialité des données possédées par LinkedIn. Je ne sais pas si on peut encore parler de confidentialité des données dans un réseau qui est public et alimenté par ceux qui affichent leur parcours.

Un revirement pour la firme de Redmond ?
Assurément le revirement a déjà eu lieu avec l’arrivée de Satya Nadella. Il a positionné Microsoft sur une stratégie claire, Cloud et mobilité. Satya Nadella rajoute, avec ce rachat, l’information professionnelle à son champ d’action, qui pourrait devenir « Cloud, mobilité et information ».

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