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[éditorial] Reprendre le pouvoir sur les données : illusion ou réalité ?

Au début des années 90, les nouvelles connexions qui naissaient nous promettaient des lendemains de liberté. Liberté d’expression, liberté d’entreprendre, liberté de réinvention.

Plus de 20 ans après l’émergence d’Internet, avec près de la moitié de la population mondiale connectée, nous assistons à l’apparition d’un monde où tout peut être connecté et le devient.

La généralisation des “capteurs” de notre vie est acceptée aujourd’hui par les citoyens, au titre d’un nouveau confort digital qui nous “assiste”, qui nous ankylose aussi dans notre réflexion.

Avec la connaissance en temps réel de tous nos évènements, captés à la source même de nos vies, des géants économiques sont apparus, qui nous proposent une offre ininterrompue, adaptée en permanence, de produits et de services marchands.

Cette offre est basée sur la connaissance intégrale de notre vie, sur l’anticipation de nos comportements, et elle puise dans les silos de données, que nos esprits et nos corps sont devenus. Les données et les algorithmes ont pris le pas sur la décision humaine, au bénéfice de l’efficacité marchande, d’une autre vision de l’économie… et de notre civilisation.

Une vision qui n’est pas réservée à des acteurs connus comme Amazon ou Google, mais qui est celle également de nouveaux entrants dans le jeu économique, startups du digital qui savent créer une nouvelle valeur autour de la connaissance approfondie de notre santé, de nos maisons, de nos villes, de nos déplacements, de nos désirs et peurs, de nos vies personnelles et professionnelles.

Et si finalement, on ne se posait pas trop de questions ? Si on laissait faire ?

Après tout, c’est confortable (flippant ?) de voir s’afficher les chaussures qui iront bien avec la tenue commandée sur Amazon. Ou d’apprendre dans ses suggestions d’achat que l’album de son groupe préféré est réédité en vinyle. Sauf que le cap de la publicité ciblée est dépassé depuis belle lurette.

La collecte de données touche maintenant au plus intime de notre vie, à nos corps, à notre santé, elle permet une nouvelle lecture du monde et de l’être humain, et donc de notre être. Avec une capacité de traitement algorithmique qui dépasse ce que notre intelligence peut concevoir, le risque est de passer du confort digital à la surveillance digitale, à la régulation de nos comportements, pour une économie vraiment très libérale qui marchandiserait chaque moment de notre vie, de ma vie, et chacune de nos décisions.

Le numérique nous est essentiel à tous. Se déplacer facilement grâce au GPS, avoir un smartphone, être connecté, faire du réseau réel et virtuel, tout ceci fait partie de notre vie quotidienne. Le progrès est incontestable !

Sauf que le numérique a aussi sa part d’invisibilité.

Il faut avoir conscience de ce qui se joue.

Nos intelligences sociales, citoyennes, éthiques doivent anticiper la mise en œuvre d’un modèle de société très structurant, dans lequel l’intelligence humaine ne pèserait plus face aux algorithmes. Totalitarisme économique en vue, avec une vie citoyenne régulée, dirigée par nos données. Et risque également de totalitarisme politique, car quel sera le pouvoir de la société politique face à ces acteurs de l’économie qui sauront tout, qui savent déjà tout.

Nos intelligences humaines doivent entamer cette réflexion dès maintenant face à une situation inédite dans toute l’histoire de l’humanité. Transformation de nos économies, de nos modes de vies, de nos comportements, la question des limites posées aux algorithmes se pose aujourd’hui.

Une lueur d’espoir.

« Le défi de l’homme est de reprendre le pouvoir sur les données.» selon Satya Nadella, CEO Microsoft, dans une interview aux Echos.

Il reste quand même un espoir de ne pas arriver à voir un jour l’algorithme prendre le dessus sur l’humain. Une prise de conscience commence à émerger, le sujet est même de plus en plus présent dans les médias.

Le Point en a récemment fait une couverture (Ces algorithmes qui nous gouvernent ), Libération a consacré sa double-page centrale aux robots conversationnels, ces robots “commerciaux”. Citons aussi Les Inrocks … ou une intervention du philosophe Éric Sadin, sur France 2, dans l’émission « Hier Aujourd’hui Demain », le 19 octobre dernier. L’écrivain philosophe a écrit deux livres* qui nous aident à prendre conscience du danger d’une société régulée par les algorithmes.

Ce sujet est-il si éloigné de nos préoccupations à tous ? Chacun aura sa perception, sa propre acceptation de voir les données qui le concernent devenir un e “monnaie” pour de futurs géants économiques. Dans un environnement de services destinés aux professionnels, Adista a historiquement fait des choix. Le choix de la neutralité du net, qui seul permet toutes les initiatives de développement, sans “protéger” les “grands acteurs” déjà en place. Le choix de Datacenters situés en France, Datacenter de proximité, avec des données traitées par nos propres services, situés également dans notre pays.

En comparaison du grand public, les clients professionnels sont peut-être favorisés de pouvoir faire ce choix d’un prestataire français qui stocke et traite toutes les informations collectées en France, dans le cadre de contrats garantissant la réversibilité et la non-exploitation des données à des fins publicitaires.

Eric Sadin est intervenu récemment dans une soirée sur invitation organisée par Nancy Numérique, le 17 novembre 2016, dans la Bibliothèque Stanislas à Nancy. Quel symbole, les livres ont entouré l’écrivain qui nous parle des données et des algorithmes.
*La Vie Algorithmique (mars 2015) et La Siliconisation du monde – L’irrésistible expansion du libéralisme numérique (octobre 2016) chez L’Echappée belle.

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Eric Sadin, philosophe.

eric-sadin-nn-dcf-17-11-2016

Bibliothèque Stanislas, Nancy

Philippe Paci

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